Le 6 octobre, Robert Chantereau ne dévoilera finalement pas l’intégralité de son nouvel album. L’artiste a choisi de repousser sa sortie afin d’enrichir le projet, notamment en donnant davantage de place aux voix et aux chœurs.
Le public pourra néanmoins en découvrir la première pièce avec Entrite Puru, titre annoncé pour le 6 octobre. Ce premier morceau doit ouvrir symboliquement la porte d’un album pensé comme une maison : un lieu composé de pièces, d’objets, d’odeurs et de traces, à travers lequel chacun peut entreprendre son propre voyage intérieur.
Dans cet entretien accordé à Scena Corsa, Robert Chantereau revient sur la naissance de ce projet, son choix de devenir davantage interprète, l’importance de la langue corse, la construction d’une équipe internationale et le prolongement de l’album sur scène et à l’image.
« Cette maison peut être celle de la famille, celle de l’enfant ou simplement celle où l’on retrouve ses repères. »
Le nouvel album de Robert Chantereau s’ouvrira le 6 octobre
Un album repoussé pour donner davantage de place aux voix
Scena Corsa : Qu’est-ce qui sortira exactement le 6 octobre ?
Robert Chantereau : Nous avons fait le choix de ne pas sortir immédiatement l’album complet, parce que nous avons apporté plusieurs modifications au projet.
Nous voulions notamment ajouter davantage de contenu vocal. Des chœurs ont été intégrés et il faut maintenant les harmoniser et les faire entrer pleinement dans la composition musicale.
Ce report n’est donc pas subi. C’est un choix voulu et assumé, destiné à enrichir le résultat final.
Entrite Puru, la première porte de la maison
Ce premier morceau s’intitule Entrite Puru. Robert Chantereau le présente comme l’ouverture de la maison autour de laquelle tout le projet est construit.
Le titre doit faire entrer l’auditeur dans une atmosphère d’introspection. Il ne constitue pas seulement le premier extrait de l’album : il représente aussi le seuil à partir duquel commence le voyage.
« Entrite Puru donne cette ouverture sur la maison, qui sera le lieu de l’introspection et l’atmosphère de l’album. »
Robert Chantereau transforme la maison en voyage intérieur
La maison de l’enfance, de la famille et des repères
Dans le projet de Robert Chantereau, la maison ne désigne pas nécessairement un bâtiment précis.
Elle peut être la maison familiale, celle de l’enfance, celle dans laquelle une personne se sent en sécurité ou simplement un lieu où elle retrouve ses repères.
Chaque pièce contient des éléments capables de réveiller la mémoire : un objet, une odeur ou une atmosphère. Ces traces permettent de revenir vers ce que l’on est profondément, parfois après s’en être éloigné.
Que représente cette maison ?
Elle peut représenter plusieurs choses. Elle peut être la maison de famille, la maison de l’enfant ou la maison dans laquelle on se sent bien.
C’est un endroit où l’on retrouve ses repères et où l’on se retrouve soi-même.
Dans cette maison, il y a des pièces. Dans ces pièces, il y a des objets, des odeurs et des atmosphères qui peuvent nous ramener vers ce que nous cherchons et, finalement, vers notre origine.
« Une maison est quelque chose de solide. Elle laisse un passé et une trace. »
Faire le point sur ses choix et son propre parcours
Cette architecture symbolique est née d’une réflexion personnelle.
Arrivé à une période de sa vie où il ressentait le besoin de s’arrêter, Robert Chantereau a commencé à interroger les décisions prises au fil des années : les choix effectués, leur pertinence et la satisfaction qu’il pouvait retirer de son parcours.
L’introspection n’est cependant pas présentée comme une démarche négative ou tournée uniquement vers les regrets.
Elle doit permettre de regarder ses doutes avec davantage de sécurité, de mieux comprendre son histoire et d’en sortir grandi ou rassuré.
« C’est une interrogation positive, voulue et assumée. Je pense qu’on en sort grandi, peut-être meilleur, et surtout rassuré. »
Un album que chacun peut habiter
Après environ une année de travail, l’album est lui-même devenu une forme de maison.
Les morceaux en représentent les différentes étapes. Après l’entrée, l’auditeur peut traverser une chambre, rencontrer un miroir ou découvrir d’autres espaces chargés de sens.
Même si le projet est nourri par l’expérience personnelle de Robert Chantereau, il ne souhaite pas imposer sa propre maison au public.
Chacun doit pouvoir s’approprier cette architecture et y projeter ses souvenirs, ses interrogations et son propre parcours.
« Le but, c’est que chacun s’approprie sa propre maison et puisse y faire un voyage intérieur. »
Une création collective construite autour d’une direction précise
Vincenzu Lota à la composition et à la direction artistique
Contrairement à plusieurs de ses précédents projets, Robert Chantereau n’a pas souhaité tout écrire et tout composer lui-même.
La composition originale a été confiée à Vincenzu Lota, également chargé de la direction artistique.
D’autres compositeurs, arrangeurs et musiciens sont ensuite venus apporter leurs propres sensibilités. Pour Robert Chantereau, ces contributions ont enrichi l’atmosphère sans remettre en cause la direction initiale.
Le projet final correspond-il encore à ce que tu avais imaginé au départ ?
Oui, même si chaque personne apporte naturellement sa touche.
Lorsque l’on travaille avec des compositeurs ou des arrangeurs, ils ajoutent forcément quelque chose à l’atmosphère. Mais ces apports ne sont pas venus contrarier la composition initiale de Vincenzu.
Ils ont représenté un bonus.
« Je lui ai confié la direction artistique, mais je ne voulais pas que le projet cesse d’être celui que nous avions imaginé au départ. »
Confier l’écriture pour devenir davantage interprète
Les textes ont, quant à eux, été confiés à Tittò Christophe Limongi, avec lequel Robert Chantereau avait déjà travaillé.
Pourquoi avoir confié les textes à quelqu’un d’autre ?
J’avais besoin de me détacher de la création pour être davantage interprète.
J’ai toujours écrit mes propres textes, mais je voulais pouvoir compter sur des personnes qui me connaissent, avec lesquelles j’avais déjà travaillé et en qui j’avais confiance.
Tittò a trouvé le bon angle. Je lui ai suggéré certaines idées, puis les textes ont progressivement évolué avec le projet.
« Je voulais me détacher de la création pour être plus interprète. »
Onze titres construits autour de l’idée du palindrome
L’idée du palindrome est apparue au cours des échanges avec Tittò.
Selon Robert Chantereau, l’ensemble du projet s’est transformé au contact des personnes impliquées. Certaines décisions ont retardé sa sortie, mais elles ont également ouvert de nouvelles directions artistiques.
« Les musiciens et toutes les personnes qui gravitent autour du projet ont une influence, mais le choix originel reste celui de Vincenzu. »
La langue corse comme héritage familial
Une langue transmise par sa mère
La langue corse occupe une place centrale dans le nouvel album de Robert Chantereau.
Elle représente pour lui un héritage familial transmis par sa mère. Il l’a apprise dans son enfance et a grandi avec elle, même lorsqu’il vivait loin de la Corse.
Ses différents départs et retours lui ont permis de comprendre qu’une langue pouvait continuer à habiter une personne indépendamment de la distance géographique.
Quelle importance la langue corse possède-t-elle dans ce projet ?
C’est une langue qui m’est chère et qui me vient de ma mère. Pour moi, elle représente un héritage familial.
Je l’ai apprise lorsque j’étais tout petit. J’ai grandi avec elle, même si j’ai grandi loin de la Corse.
Le fait d’avoir vécu loin de l’île, d’y être revenu, puis d’en être reparti m’a fait comprendre que la langue corse ne s’oublie pas. Elle reste en nous.
« On peut vivre avec une langue et se l’approprier, même lorsque l’on est loin de sa terre. »
La musique comme véhicule international
Robert Chantereau souhaite partager cette langue avec un public aussi large que possible.
Il ne considère cependant pas la langue comme le principal moyen de diffusion du projet. Pour lui, c’est la musique qui doit lui permettre de voyager.
La langue corse restera présente au cœur des chansons, mais l’émotion musicale doit rendre le projet accessible au-delà des personnes qui en comprennent directement les paroles.
« La langue corse n’est pas le véhicule. Le véhicule, c’est la musique. »
Cette idée a progressivement conduit le projet vers une dimension internationale. Les collaborateurs, les lieux d’enregistrement, le travail à distance et la future création visuelle doivent permettre à l’atmosphère de l’album de franchir les frontières linguistiques.
« Ce qui fera voyager cette langue le plus loin possible, c’est la musique. »
Une équipe internationale réunie autour du projet
Des musiciens venus d’Italie
Robert Chantereau s’est entouré de plusieurs musiciens internationaux, dont deux artistes venus d’Italie.
Francesco Gazzara intervient sur les claviers et le piano, tandis que Massimo Sanna assure la basse.
Les deux musiciens travaillent ensemble depuis longtemps et apportent au projet leur expérience ainsi qu’une forme de maturité musicale.
« Leur expérience et leur maturité représentent une véritable plus-value pour le projet. »
Des influences entre Genesis et Pink Floyd
La recherche du claviériste était directement liée aux influences musicales de Robert Chantereau.
Depuis son adolescence, son univers est notamment marqué par Genesis et Pink Floyd. Vincenzu cherchait donc une personne capable de comprendre cette sensibilité et de l’intégrer sans simplement reproduire les références du passé.
Une première rencontre lors d’une résidence en Italie
Après plusieurs mois de collaboration à distance, l’équipe s’est réunie pour une résidence en Italie.
La rencontre a confirmé l’entente artistique née pendant les échanges numériques. Elle a également donné naissance à une véritable relation humaine.
« Le lien s’est créé à travers la musique, mais aussi humainement. Lorsque nous nous sommes rencontrés en Italie, cela a été une évidence. »
Un projet construit entre plusieurs pays
La dimension internationale ne s’arrête pas aux musiciens italiens.
Le projet compte également un coach vocal anglo-jamaïcain, Michael D. James. Le mastering est réalisé à Londres par Matt Colton, tandis qu’un guitariste corse installé à Paris, Mickaël Serra participe également.
Au sein de l’équipe, plusieurs langues se croisent : le corse, le français, l’italien et l’anglais.
Cette diversité correspond directement à la volonté initiale de Robert Chantereau : créer autour de la langue corse un projet capable de voyager et de rencontrer d’autres cultures.
« Autour de ce projet, on parle anglais, italien et français. Il y a quelque chose de très bouillonnant dans cette dimension internationale. »
Le nouvel album de Robert Chantereau doit vivre sur scène
Retrouver la même équipe en concert
L’objectif est de conserver, autant que possible, la même équipe entre l’enregistrement en studio et les futures représentations.
Les musiciens internationaux seront-ils présents sur scène ?
C’est le souhait.
Pour le moment, la priorité reste l’album, mais il y aura des concerts au printemps.
« On ne peut pas réaliser tout cela pour ensuite le laisser dans les placards. »
Un spectacle qui associera le son et l’image
Des écrans, des photographies et des vidéos
Les contraintes techniques des futurs concerts seront également liées à la place occupée par l’image.
Le spectacle ne reposera pas uniquement sur la musique. Des vidéos et des photographies doivent accompagner les morceaux et prolonger la représentation de la maison.
Les lieux devront donc permettre l’installation d’écrans et offrir des conditions adaptées à cette création visuelle.
« Ce projet n’est pas seulement du son. C’est aussi de l’image. »
Un clip cinématographique pour chaque morceau
Robert Chantereau envisage un véritable suivi visuel de l’album.
Chaque morceau doit être accompagné d’un clip tourné dans une approche cinématographique.
Les images ne doivent pas simplement illustrer les paroles. Elles doivent permettre au spectateur de comprendre l’atmosphère générale, même lorsqu’il ne maîtrise pas la langue corse.
La langue restera présente. Mais un auditeur anglais pourra peut-être dire : « Je ne comprends pas les mots, mais je comprends ce qui se passe. »
« Le visuel doit permettre d’entrer dans la maison, de traverser ses pièces et de ressentir l’atmosphère du projet. »
Une maison musicale ouverte sur le monde
Le nouvel album de Robert Chantereau ne repose pas uniquement sur une suite de chansons.
Il se construit comme un espace à traverser. Chaque titre représente une entrée, une pièce, un objet ou une sensation capable de réveiller la mémoire et de conduire l’auditeur vers sa propre introspection.
Cette maison est personnelle, mais elle n’est pas fermée. Robert Chantereau souhaite que chacun puisse y reconnaître une partie de son histoire et construire son propre parcours.
Le 6 octobre, Entrite Puru doit ouvrir la première porte. L’album complet, les concerts et les créations visuelles permettront ensuite de découvrir les autres pièces de cette maison intérieure.
« La langue restera présente, mais la musique et l’image permettront à chacun de comprendre ce qui se passe et de ressentir l’atmosphère. »






