Dans le projet porté par Robert Chantereau, Massimo Sanna ne considère pas la basse comme un simple instrument chargé d’accompagner les autres musiciens. Sa place consiste à donner du rythme, du groove et du corps aux morceaux, mais aussi à leur apporter une dimension plus difficile à mesurer : de la soul, au sens premier du terme, celui de l’âme.
Bassiste italien, Massimo Sanna travaille et joue aux côtés de Francesco Gazzara depuis près de trente-cinq ans. Leur relation musicale s’est construite sur plusieurs décennies, autour de nombreux projets communs. C’est également par l’intermédiaire de Francesco qu’il a été invité à rejoindre cette nouvelle aventure artistique.
Habitué à participer aux créations d’autres musiciens, Massimo Sanna affirme pourtant avoir immédiatement ressenti quelque chose de différent. Dès l’écoute des premiers morceaux, il s’est senti impliqué émotionnellement d’une manière qu’il n’avait encore jamais connue pour une musique qui n’était pas initialement la sienne.
Sa venue en Corse a renforcé ce sentiment. Il découvrait l’île pour la première fois, mais dit avoir rapidement trouvé des similitudes avec sa culture italienne, particulièrement dans les relations humaines et la manière d’accueillir les autres.
Dans cet entretien accordé à Scena Corsa, Massimo Sanna revient sur cette rencontre, sur la place de la basse dans le projet et sur cette « syntonie » qui a progressivement transformé plusieurs musiciens venus d’horizons différents en une véritable équipe.
« Dès que j’ai entendu les premiers morceaux, je me suis senti impliqué émotionnellement. Cela ne m’était jamais arrivé auparavant avec une musique qui n’était pas la mienne. »
Massimo Sanna rejoint un projet musical qu’il juge unique
Scena Corsa : Ce projet occupe-t-il une place particulière dans ton parcours de musicien ?
Massimo Sanna : Oui, c’est certainement une expérience unique.
Je travaille et je joue avec Francesco depuis près de trente-cinq ans. Ses projets, dont certains ont été écrits avec moi, ont toujours occupé une place importante dans mon parcours.
Il m’est également arrivé de jouer de la basse pour d’autres personnes et de participer à des projets qui n’étaient pas les miens. Mais cette expérience est différente.
Francesco a été contacté par Robert Chantereau et Vincenzu Lota, puis il m’a proposé de rejoindre le projet. Dès que j’ai entendu les premiers morceaux, je les ai trouvés extrêmement intéressants.
Je me suis immédiatement senti touché et impliqué.
Cette réaction était nouvelle pour moi. J’avais déjà travaillé sur la musique d’autres artistes, mais je n’avais encore jamais ressenti aussi vite une émotion aussi forte pour un univers qui n’était pas le nôtre au départ.
Une implication née avant même la rencontre humaine
L’intérêt de Massimo Sanna ne vient donc pas uniquement des relations construites avec les autres membres de l’équipe.
Avant les rencontres, les résidences et les moments partagés, il y a d’abord eu la musique. Ce sont les premiers morceaux qui ont éveillé sa curiosité et donné envie au bassiste de s’engager davantage.
Au fur et à mesure de l’avancement du projet, de nouvelles parties sont venues compléter l’ensemble.
« Chaque jour, une nouvelle pièce vient compléter le puzzle et rendre le projet encore plus particulier. »
Cette image du puzzle décrit un projet en construction permanente. Chaque chanson, chaque arrangement et chaque nouvelle intervention permettent à Massimo Sanna de mieux comprendre l’identité générale de la création.
Son implication ne repose donc pas sur une décision purement professionnelle. Elle s’est développée au contact des morceaux et des émotions qu’ils ont fait naître.
La première découverte de la Corse par Massimo Sanna
Une île qu’il ne connaissait pas encore
Quel rapport entretenais-tu avec la Corse avant de rejoindre le projet ?
Je n’étais encore jamais venu en Corse. C’est la première fois que je découvre l’île.
Je ne pensais pas trouver autant de similitudes avec l’Italie, particulièrement dans l’humanité des personnes.
J’ai rapidement reconnu certaines attitudes et certaines manières d’être qui ressemblent beaucoup à celles de ma propre culture.
Cela m’a permis de trouver tout de suite une forme d’entente et de me sentir à l’aise.
« Je ne pensais pas trouver autant de similitudes avec l’Italie, surtout dans l’humanité des personnes. »
La découverte de la Corse ne s’est donc pas limitée aux paysages ou aux lieux fréquentés pendant le travail.
Trouver immédiatement une « syntonie »
Pour décrire ce sentiment, Massimo Sanna utilise le mot italien sintonia.
La syntonie évoque l’idée d’être accordé avec les autres, de partager une même fréquence et de trouver rapidement une manière naturelle de communiquer.
« J’ai trouvé immédiatement une syntonie avec les personnes que j’ai rencontrées. »
Cette proximité culturelle et humaine lui a permis d’entrer plus facilement dans le projet. Massimo Sanna ne s’est pas senti comme un musicien extérieur venu uniquement enregistrer une partie de basse.
Il a trouvé un environnement dans lequel il pouvait s’exprimer, partager son expérience et construire une relation durable avec les autres participants.
Le rôle de Massimo Sanna à la basse
Donner du rythme, du groove et du corps
Quelle est, selon toi, la place du bassiste dans ce projet ?
Pour la musique que j’ai toujours écoutée, le rôle de la basse est de donner du rythme, du groove et du corps à un projet.
Ici, chacun apporte son expérience et son propre parcours musical.
Nous venons tous d’univers différents. Le projet se construit donc progressivement comme une mosaïque composée grâce à l’apport de chacun.
Ma place consiste à apporter ce que je sais faire et ce que je ressens naturellement à travers la basse.
« La place du bassiste est de donner du rythme, du groove et du corps au projet. »
Le bassiste ne cherche pas à occuper tout l’espace sonore. Il doit participer à l’équilibre du morceau, soutenir son mouvement et contribuer à la manière dont les autres instruments vont être perçus.
Apporter de la soul, au sens d’âme
Lorsqu’il parle de soul, Massimo Sanna ne désigne pas uniquement un genre musical.
Il précise que le mot signifie avant tout l’âme.
Son intention est donc d’apporter au projet une sensibilité, une énergie et une forme de chaleur humaine. Cette dimension peut passer par le jeu, le rythme ou le son de la basse, mais également par la manière d’écouter les autres.
« J’essaie d’apporter un peu de soul à ce projet. Et par soul, je ne parle pas seulement d’un style de musique : soul signifie âme. »
Cette précision permet de mieux comprendre sa conception du rôle de musicien.
La technique reste nécessaire, mais elle ne constitue pas une finalité. Le jeu doit transmettre quelque chose, provoquer une sensation et participer à la personnalité générale du morceau.
Une équipe construite comme une mosaïque
Chaque musicien apporte une saveur différente
Massimo Sanna compare la construction du projet à une mosaïque. Aucune pièce ne peut, à elle seule, représenter l’ensemble. C’est leur association qui fait apparaître progressivement l’image finale.
Il emploie également une comparaison avec la cuisine.
« Chacun apporte une épice différente, chacun apporte une saveur différente. »
Chaque membre de l’équipe possède son propre parcours, sa culture musicale et sa manière de jouer. L’objectif n’est pas d’effacer ces différences pour rendre tous les musiciens identiques.
Au contraire, la richesse du projet vient de leur capacité à associer leurs expériences dans une même direction.
Cette diversité ne fonctionne cependant que si chacun accepte d’écouter les autres. Une épice trop présente pourrait masquer toutes les autres. Le travail collectif consiste donc à trouver le bon équilibre.
De l’équipe musicale à une forme de famille
Une proximité qui dépasse les séances de travail
Pendant l’entretien, l’équipe explique que les musiciens ne sont pas accueillis comme de simples intervenants de passage.
Lorsqu’ils viennent travailler en Corse, ils séjournent dans une maison familiale, au village, plutôt qu’à l’hôtel.
Cette organisation permet de partager davantage que les seules heures consacrées aux répétitions ou aux enregistrements.
Les repas, les discussions et les moments de vie quotidienne participent également à la construction du groupe.
Cette manière de travailler correspond à ce que Massimo Sanna décrit lorsqu’il parle de l’humanité rencontrée en Corse.
La relation artistique s’appuie sur une relation humaine. Les musiciens apprennent à se connaître en dehors de leurs instruments et peuvent ensuite retrouver cette proximité dans leur manière de jouer ensemble.
Après un an, un projet porté par l’âme
Un sentiment positif sans prétendre prévoir l’avenir
Quel est ton sentiment général après environ un an de travail ?
Je ne peux pas prévoir l’avenir et je ne peux donc pas dire exactement ce qui va se passer.
Mais ma sensation est bonne.
Un travail réalisé avec toute cette âme et tous ces sentiments ne peut pas ne pas donner de bons fruits.
Chacun apporte quelque chose de personnel. Nous ne sommes pas seulement en train d’exécuter froidement une tâche professionnelle.
« Un travail dans lequel on met uniquement de la technique ne produit pas de bons résultats. Ici, nous mettons l’âme. »
Massimo Sanna ne cherche pas à annoncer un succès certain. Il distingue clairement son ressenti personnel d’une prédiction sur la réception future du projet.
Sa confiance vient surtout de la manière dont le travail a été réalisé : l’implication des musiciens, les liens humains et la volonté commune d’aller au-delà d’une simple exécution technique.
La suite sur scène
Faire vivre le projet devant un public
Le passage sur scène constituera une nouvelle étape.
Les morceaux ne seront plus uniquement travaillés dans le cadre d’une résidence ou d’un enregistrement. Ils devront trouver une énergie directe et être partagés avec un public.
Pour un bassiste attaché au groove, cette dimension vivante occupe une place particulière. La scène permet aux musiciens de réagir les uns aux autres dans l’instant et de ressentir immédiatement l’effet de la musique.
Les musiciens ont montré qu’ils étaient prêts à s’impliquer, à voyager et à construire une véritable relation de groupe.
Le live apparaît donc comme la continuité logique de cette expérience collective.
L’envie de revenir jouer en Corse
Une conclusion simple et directe
À la fin de l’entretien, une dernière question est posée à Massimo Sanna : souhaite-t-il ajouter quelque chose ?
Sa réponse tient en quelques mots.
« J’espère revenir encore. »
Cette conclusion résume une grande partie de l’entretien. Massimo Sanna arrivait sur une île qu’il ne connaissait pas encore. Il y a découvert une proximité culturelle, une manière d’accueillir et une équipe dans laquelle il a trouvé sa place.
Revenir ne représenterait donc pas seulement la poursuite d’un engagement professionnel. Ce serait aussi prolonger le lien humain et musical construit pendant cette première expérience.






