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Portrait · 11 min

Entrite Puru - Robert Chantereau

ENTRITE PURU · 2/5 — Francesco Gazzara : la musique comme langue commune

Pour sa première collaboration artistique en Corse, Francesco Gazzara raconte comment une musique encore ouverte est devenue un espace d’écoute, de proposition et de travail collectif.

ENTRITE PURU · 2/5 — Francesco Gazzara : la musique comme langue commune
Crédit photo : Marine Susini - Auréa Studio
AuteurScena Corsa
Type de contenuPortrait
Date de l’événement6 octobre 2026
Publication2 octobre, 2026
Lieu Lucciana
Temps de lecture11 min de lecture

Une musique déjà écrite, mais pas encore refermée. C’est ainsi que Francesco Gazzara décrit les premières compositions qu’il a découvertes en rejoignant le projet porté par Robert Chantereau.

Invité pour intervenir aux claviers et au piano, le compositeur et musicien a progressivement dépassé le simple rôle d’interprète. Les premières séances de travail sont devenues un espace de dialogue dans lequel écouter, répondre et proposer comptaient autant que jouer une partie déjà définie.

Dans le projet de Robert Chantereau, Francesco Gazzara apporte son expérience des claviers, du piano et de la composition. Sa présence s’inscrit dans une équipe internationale réunie autour d’une même direction musicale.

Cette collaboration constitue également pour lui une première expérience professionnelle en Corse. Il connaissait déjà l’île comme visiteur, mais travailler avec des artistes corses, découvrir les lieux autour de Bastia et participer à une création collective lui en a révélé une autre dimension.

Dans cet entretien accordé à Scena Corsa, Francesco Gazzara revient sur la liberté artistique qui lui a été laissée, l’importance de l’écoute, la naissance d’un véritable groupe et le principal défi qui attend désormais les musiciens : transformer une musique élaborée en une expérience vivante sur scène.

« Nous venons tous de parcours différents, mais nous trouvons une direction commune. »

Francesco Gazzara découvre une autre Corse par la musique

Une première collaboration professionnelle sur l’île

Scena Corsa : Est-ce la première fois que tu travailles en Corse ?

Francesco Gazzara : Oui, c’est la première fois que je travaille en Corse.

La découverte des personnes, des artistes et des lieux représente donc pour moi quelque chose de complètement nouveau. Les endroits que je fréquente autour de Bastia sont particuliers et je découvre quelque chose à chaque fois que nous venons travailler ici.

Je connaissais déjà la Corse, car j’y étais venu comme touriste. Mais cette expérience est totalement différente.

Visiter un territoire et y participer à une création artistique ne provoquent pas le même rapport aux lieux. Le travail permet de rencontrer les personnes autrement, de partager du temps avec elles et de comprendre progressivement leur environnement.

« J’étais déjà venu en Corse comme touriste, mais travailler ici est une expérience complètement différente. »

Une atmosphère à la fois familière et internationale

Francesco Gazzara ressent en Corse certains points communs avec l’Italie. Cette proximité n’efface cependant pas la singularité de l’île ni la dimension internationale du projet.

Les musiciens réunis ne partagent pas tous les mêmes origines, les mêmes références ou les mêmes expériences. Le projet puise également dans des univers musicaux que Francesco Gazzara rattache notamment à l’Angleterre et aux États-Unis.

Dans cet environnement où plusieurs cultures se rencontrent, la musique devient le moyen de se comprendre immédiatement.

« On y respire quelque chose de familier, mais aussi une atmosphère internationale. Il existe un langage commun : celui de la musique. »

Des parcours différents réunis autour d’une direction commune

La diversité comme condition de la création

Pour Francesco Gazzara, la force du projet vient en partie des différences entre les personnes qui y participent.

Les musiciens ne possèdent ni le même âge, ni le même parcours professionnel, ni exactement les mêmes goûts. Ces écarts ne représentent pas un obstacle à corriger. Ils sont, au contraire, une condition importante pour produire quelque chose de différent.

Qu’est-ce que cette diversité apporte au projet ?

Elle apporte beaucoup de liberté artistique.

Il faut prendre le temps de bien se connaître en tant que personnes, pas seulement comme artistes ou comme musiciens. Chacun possède un parcours différent, en fonction de son âge, de sa carrière et de ses goûts musicaux.

Cette diversité est fondamentale pour créer quelque chose d’original.

« Aucun de nous n’est identique aux autres. C’est justement ce qui permet de créer quelque chose de différent. »

Prendre le temps de construire une relation humaine

Le travail collectif ne repose donc pas uniquement sur les compétences instrumentales.

Avant de parvenir à une véritable cohésion, il faut laisser du temps aux relations humaines. Chaque personne doit comprendre la manière de fonctionner des autres, leurs idées et leur façon d’écouter.

Dans cette collaboration, le lien est d’abord né de la musique. L’intérêt pour le projet et ses orientations a précédé les relations personnelles. Avec le temps, une proximité humaine s’est ensuite développée entre les différents membres de l’équipe.

« Le lien humain est venu ensuite, mais l’origine de la rencontre reste la musique. »

De la composition pour l’image au travail de claviériste

Une expérience dans le cinéma et la télévision

Francesco Gazzara possède une longue expérience de la composition musicale, notamment pour le cinéma, les films et la télévision.

Dans ces domaines, la musique doit généralement s’inscrire dans la vision globale d’un réalisateur. Le compositeur peut proposer, créer et développer un univers, mais la décision finale reste liée au projet audiovisuel qu’il accompagne.

Parallèlement à ce travail de composition, Francesco Gazzara a également développé un parcours discographique. Depuis plusieurs années, il s’investit davantage dans la scène et dans l’interprétation comme claviériste et pianiste.

Que recherches-tu lorsque tu rejoins le projet musical d’une autre personne ?

Je peux accepter de travailler sur une musique existante, mais j’ai besoin de sentir qu’il reste un espace de création et de dialogue.

« Même lorsque la musique n’est pas la mienne, j’essaie d’apporter mon style aux projets qui me plaisent. »

Une musique écrite, mais encore ouverte

Trouver une matière musicale qui n’était pas terminée

Ce qui a particulièrement intéressé Francesco Gazzara dans le projet de Robert est l’état encore ouvert des compositions.

Il n’a pas découvert une œuvre totalement figée dans laquelle il devait seulement reproduire une partie de clavier. La musique possédait déjà une direction, mais elle restait suffisamment inachevée pour permettre de nouvelles propositions.

Quelle liberté as-tu trouvée en arrivant sur le projet ?

La chose la plus belle et la plus créative a été de trouver une musique déjà écrite, mais pas encore terminée.

Elle était présente sous forme d’ébauches. Mon apport a commencé lorsque nous avons joué ensemble pour la première fois et que je suis intervenu comme pianiste.

Puis, progressivement, le travail est devenu autre chose : proposer une idée, l’écouter ensemble, recevoir une réponse et essayer une nouvelle direction.

« J’ai trouvé une musique écrite, mais pas terminée : une musique encore ouverte aux propositions. »

Ne pas se limiter à exécuter une partie

Francesco Gazzara ne souhaitait pas intervenir uniquement comme instrumentiste chargé d’exécuter ce qu’un autre avait déjà décidé.

Son rôle ne consiste pas non plus à imposer ses idées ni à remplacer le compositeur. Il se situe dans un espace intermédiaire : écouter ce qui existe, comprendre la direction recherchée et proposer une contribution susceptible de renforcer le morceau.

Cette possibilité de devenir une véritable force de proposition a joué un rôle important dans son engagement.

Son expérience lui permet d’entendre certaines possibilités harmoniques, rythmiques ou sonores. Il peut alors les partager avec le reste de l’équipe, qui décide collectivement de les retenir, de les transformer ou de les écarter.

« Proposer ne signifie pas imposer. Cela signifie apporter une idée et voir si elle peut faire avancer la musique. »

Faire naître un groupe plutôt qu’additionner des musiciens

Passer progressivement de l’interprétation à la création collective

Au fil des échanges, Francesco Gazzara estime que l’équipe a atteint un nouvel état : celui d’un groupe capable de travailler et, dans une certaine mesure, de composer ensemble.

Cette évolution ne se produit pas automatiquement lorsque plusieurs musiciens sont réunis sur un même album.

Chacun peut rester enfermé dans son univers, enregistrer sa partie puis repartir sans que naisse un véritable dialogue artistique. Francesco Gazzara explique que ce fonctionnement est fréquent et qu’une collaboration plus ouverte reste relativement rare.

Dans le projet de Robert, le travail repose davantage sur un échange continu.

« Nous avons progressivement atteint l’état d’un groupe qui travaille et compose aussi ensemble. »

Demander, répondre et écouter

Francesco Gazzara décrit cette méthode à travers trois actions simples : demander, répondre et écouter.

Un musicien propose une idée. Les autres l’écoutent, y répondent et peuvent suggérer une autre piste. Le morceau évolue à travers ce mouvement plutôt que sous l’autorité d’une seule personne qui déciderait immédiatement de tous les détails.

Cette façon de travailler exige toutefois certaines conditions.

Il faut du temps pour comprendre les propositions. Il faut également accepter qu’une idée ne soit pas immédiatement retenue ou qu’elle soit transformée par quelqu’un d’autre.

« Pour travailler de cette manière, il faut du temps, de la détente, un esprit ouvert et des oreilles très ouvertes. »

Une équipe plutôt qu’une somme d’individualités

L’intégration de Francesco Gazzara a elle-même fait évoluer le projet.

Son arrivée ne s’est pas limitée à l’ajout d’une couleur de clavier. Elle a contribué à modifier la manière dont l’équipe échangeait et construisait certaines parties musicales.

La traduction apportée pendant l’entretien insiste sur cette différence : le projet fonctionne désormais davantage comme un groupe, et non comme une succession d’individualités travaillant séparément.

Chaque personne conserve sa place, mais les rôles communiquent entre eux.

« Ce n’est plus seulement une réunion d’individualités. C’est une équipe de musiciens. »

La liberté artistique exige aussi un cadre

Respecter la direction déjà choisie

La liberté ne signifie pas que le projet avance sans cadre.

Les musiciens peuvent proposer, mais leurs idées doivent rester cohérentes avec l’intention générale. Une contribution individuelle doit enrichir le morceau sans le détourner complètement de son identité.

Cet équilibre entre liberté et direction commune explique en grande partie le temps nécessaire au travail.

Certaines propositions sont immédiatement évidentes. D’autres demandent plusieurs essais, des discussions et parfois une remise en question.

Le doute comme outil de travail

Se poser des questions n’est pas remettre le projet en cause

Scena Corsa : Dans un projet aussi ambitieux, as-tu connu des moments de doute ?

Francesco Gazzara : Le doute n’est pas forcément quelque chose de négatif.

Lorsqu’une décision est prise, il faut s’assurer que tout le monde la comprend et se sent bien avec elle. Se poser des questions peut aider à améliorer le travail, même si cela demande parfois plus de temps.

Le doute utile n’est donc pas une perte de confiance dans le projet. Il s’agit plutôt d’une manière de vérifier les choix, de mesurer leurs conséquences et de rechercher une solution plus juste.

« Le doute n’est pas négatif : il aide, même s’il peut allonger le temps de travail. »

Un parcours qui ne peut pas être entièrement linéaire

Un projet construit sur plusieurs mois ne suit pas une trajectoire parfaitement régulière.

Certaines étapes avancent rapidement, tandis que d’autres soulèvent de nouvelles questions. Une idée peut sembler évidente en studio, puis devenir plus difficile à reproduire avec tous les musiciens.

Francesco Gazzara ne décrit pas ces moments comme des crises. Il les considère comme une partie normale de la création.

Le véritable danger apparaîtrait plutôt lorsqu’un projet ne provoquerait plus aucune question, aucune envie ni aucune nouvelle idée.

Le principal défi : faire vivre la musique sur scène

Passer d’une musique élaborée au concert

Pour Francesco Gazzara, la principale interrogation concerne désormais le passage au live.

En studio, il est possible de construire progressivement une musique complexe, d’enregistrer séparément certaines parties et de travailler longuement chaque détail.

Sur scène, tout doit devenir immédiat et vivant. Les musiciens doivent partager le même mouvement, écouter les autres en temps réel et porter ensemble la direction du morceau.

« Le véritable défi est de prendre une musique aussi élaborée et de parvenir à la rendre vivante sur scène. »

Ne pas seulement apprendre et mémoriser sa partie

Préparer le concert ne consistera pas uniquement à étudier une partition ou à mémoriser une suite de notes.

Chaque musicien devra entrer dans la proposition artistique, comprendre sa place dans l’ensemble et faire vivre l’atmosphère du projet.

Francesco Gazzara évoque plusieurs dimensions de ce travail : les répétitions, le concert lui-même, les idées scéniques et les éléments visuels.

Toutes devront fonctionner ensemble.

« Il ne suffit pas d’étudier et de se souvenir de sa partie. Il faut entrer à l’intérieur de la proposition. »

Francesco Gazzara : écouter avant de proposer

À travers cet entretien, Francesco Gazzara décrit une conception de la collaboration qui ne repose ni sur l’effacement du musicien, ni sur l’imposition de son propre univers.

Son rôle commence par l’écoute.

Il découvre une musique déjà composée mais encore inachevée, cherche à comprendre la direction choisie, puis propose ce que son expérience et sa sensibilité peuvent apporter.

Cette méthode demande du temps et une véritable disponibilité. Elle oblige chacun à sortir de son propre monde, à entendre les idées des autres et à accepter que la meilleure solution puisse naître du dialogue.

La première collaboration professionnelle de Francesco Gazzara en Corse est ainsi devenue une découverte artistique autant qu’humaine. Les différences de parcours, de culture et de goûts musicaux n’ont pas empêché la construction d’une direction commune. Elles lui ont, au contraire, donné davantage de richesse.

L’album constitue une première étape. Le prochain enjeu sera de faire passer cette musique du studio à la scène, sans perdre la complexité de ses arrangements ni l’énergie collective qui l’a fait naître.

« La musique est notre langage commun. C’est elle qui a permis la rencontre, puis la naissance du groupe. »