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Reportage · 11 min

Entrite Puru - Robert Chantereau

ENTRITE PURU · 5/5 — Vincenzu Lota, l’architecte musical

Vincenzu Lota a accompagné la construction d’un album collectif, du scénario aux lignes de chant.

ENTRITE PURU · 5/5 — Vincenzu Lota, l’architecte musical
Crédit photo : Marine Susini - Auréa Studio
AuteurScena Corsa
Type de contenuReportage
Date de l’événement6 octobre 2026
Publication6 octobre, 2026
Lieu Lucciana
Temps de lecture11 min de lecture

Au départ, il y a quelques suites d’accords jouées à la guitare, proposées à Robert pour lui faire entendre des couleurs, des rythmes et de premières directions. Puis viennent les arrangements, le scénario de l’album, les textes de Tittò Christophe Limongi, les lignes de chant et l’intervention de chaque musicien.

Depuis plus d’un an, Vincenzu Lota accompagne ce projet dans toutes ses dimensions musicales et artistiques. Son travail ne consiste pas seulement à composer. Il doit aussi organiser les idées, préserver une direction commune, permettre aux collaborateurs de s’exprimer et ajuster chaque élément au projet imaginé par Robert.

Pour décrire sa place, Vincenzu Lota utilise lui-même l’image de l’architecte. Robert lui a confié les clés de la maison, mais cette maison doit toujours rester fidèle à celui qui l’a initiée et qui devra ensuite l’interpréter.

Dans cet entretien accordé à Scena Corsa, Vincenzu Lota détaille les différentes étapes de cette création collective, depuis les premières harmonies jusqu’au moment où l’album devra rencontrer le public.

« Robert m’a confié les clés et le rôle d’architecte de la maison. Mais il faut que la maison lui plaise. »

Vincenzu Lota construit d’abord les couleurs de l’album

Des suites d’accords proposées à la guitare

Scena Corsa : As-tu composé les musiques avant de recevoir les textes, ou sont-ce les textes qui ont inspiré les compositions ?

Vincenzu Lota : Le processus créatif a d’abord commencé par les compositions.

Je proposais à Robert des suites d’accords jouées à la guitare. L’objectif était de lui donner un premier aperçu des couleurs et des rythmiques que j’imaginais pour les morceaux.

Je voulais d’abord savoir si ces propositions lui parlaient. Lorsqu’une idée l’inspirait, je lui présentais ensuite une première direction d’arrangement afin qu’il puisse mieux se projeter dans ce que le titre pourrait devenir.

Cette première étape permettait donc de définir une matière musicale avant même que toutes les autres composantes du projet soient définitivement arrêtées.

« Je proposais des suites d’accords à la guitare pour donner à Robert un aperçu des couleurs et des rythmiques que j’imaginais. »

Les textes viennent compléter la matière musicale

Pendant que les premières compositions prenaient forme, le scénario de l’album, son sens et ses textes étaient développés en parallèle avec Tittò.

Les mots n’ont donc pas simplement été posés sur des musiques déjà terminées. Ils sont venus nourrir ce qui manquait encore à certains morceaux et préciser leurs atmosphères.

Quel rôle les textes ont-ils joué dans l’évolution de la musique ?

Les textes ont permis de nourrir les couleurs qui manquaient encore dans l’album.

La composition et les premières directions d’arrangement étaient déjà présentes, mais le travail mené sur le scénario, les thèmes et le sens des chansons a permis d’approfondir les morceaux.

« Les textes ont permis de nourrir ce qui allait encore manquer en termes de couleur dans l’album. »

Le processus n’a donc pas suivi une ligne totalement figée. La musique a ouvert le chemin, mais les textes ont ensuite modifié, enrichi ou confirmé certaines directions.

De treize à onze titres : construire une architecture cohérente

Une première sélection parmi de nombreuses propositions

De nombreux morceaux ont été proposés au cours de la première phase de création.

Le travail de sélection a d’abord permis de recentrer le projet autour de treize titres. Cette première liste constituait déjà une version resserrée par rapport à l’ensemble des idées musicales envisagées.

Mais l’évolution du concept général a conduit l’équipe à revoir une nouvelle fois cette architecture.

Le palindrome impose une structure de onze morceaux

Lorsque la construction de l’album autour de l’idée du palindrome a été retenue, le nombre de titres a été réduit de treize à onze.

Cette décision montre que la forme globale du projet a eu une influence directe sur son contenu. Il ne suffisait pas de réunir de bonnes chansons : elles devaient également fonctionner ensemble et respecter une organisation précise.

« Lorsque le concept du palindrome s’est affirmé, nous avons réduit la sélection pour retenir les onze titres qui allaient former l’album. »

Les morceaux n’ont donc pas été choisis uniquement pour leurs qualités individuelles. Leur place dans l’ensemble, leur lien avec les autres chansons et leur rôle dans le scénario ont également compté.

Quand les textes et les mélodies s’écrivent ensemble

Créer les lignes de chant à partir des mots de Tittò

Une fois les textes proposés, Vincenzu Lota a travaillé sur les mélodies vocales.

Dans la plupart des cas, la rencontre entre les paroles et la musique s’est faite naturellement. Il décrit les textes de Tittò comme des textes qui possèdent déjà une musicalité et qui facilitent l’apparition des lignes de chant.

« Les textes que Tittò propose chantent tout seuls. »

En découvrant les paroles, Vincenzu Lota pouvait rapidement entendre une mélodie, un rythme et une manière de les interpréter.

Certains textes ont-ils dû être largement réécrits ?

Non. Il n’y a eu que quelques modifications sur certaines chansons.

Le problème ne venait pas de l’écriture elle-même, parce que les textes étaient très bien écrits. Il fallait simplement trouver la meilleure manière de les joindre à l’intention mélodique nécessaire au morceau.

Parfois, il fallait simplifier une phrase ou retirer quelques syllabes afin que la ligne de chant puisse respirer naturellement.

Quand la mélodie précède les paroles

Le processus a également fonctionné dans l’autre sens.

Sur certains morceaux, le thème général était déjà défini, mais le texte n’avait pas encore été écrit. Tittò a alors laissé Vincenzu Lota proposer une première ligne mélodique sans paroles.

Cette ligne pouvait être chantée en « yaourt » : seulement avec des sons, des notes et un rythme, sans mots précis.

Tittò écrivait ensuite en tenant compte de cette matière sonore.

Comment parvenez-vous à faire correspondre les mots à une mélodie déjà existante ?

Nous avons une certaine facilité à travailler ensemble.

Tittò sait que si un type de son m’est venu naturellement à la fin d’une phrase, ce n’est pas totalement par hasard. Il va donc chercher des mots qui possèdent des sonorités proches et qui respectent l’intention de départ.

« S’il m’est venu un certain son en fin de phrase, il y a une raison. Tittò va chercher des mots qui possèdent cette sonorité. »

Cette méthode crée un véritable échange entre le texte et la musique. Tantôt les mots font apparaître la mélodie, tantôt la mélodie indique la forme sonore que les mots devront adopter.

Composition, arrangements et lignes vocales : un travail par étapes

Mettre progressivement chaque élément au propre

Vincenzu Lota résume le processus en plusieurs grandes étapes : la composition, la direction des arrangements, l’écriture ou l’adaptation des textes, puis la création des mélodies vocales.

Lorsque cette base était suffisamment solide, chaque musicien pouvait intervenir selon la direction artistique recherchée.

Les arrangements ne sont donc pas uniquement des éléments ajoutés à la fin. Ils permettent dès le début de montrer la couleur possible d’un morceau et d’aider Robert à comprendre vers quel univers il pourrait évoluer.

Donner une place précise à chaque musicien

Une fois les compositions, les textes et les lignes vocales établis, le projet devait être partagé avec les différents musiciens.

Chacun pouvait alors apporter sa sensibilité et ses idées, tout en restant dans le cadre défini pour l’album.

Ce fonctionnement repose sur un équilibre délicat : accueillir les propositions sans laisser le projet perdre son identité.

« Chaque musicien est intervenu en fonction de la direction artistique que nous recherchions dans les arrangements. »

Vincenzu Lota face aux multiples rôles du projet

Composer avec les idées et les personnalités

Tu occupes beaucoup de rôles sur ce projet. Est-ce difficile de tout gérer en même temps ?

Oui et non. Cela dépend des périodes, de ce qu’il reste à faire et du nombre de personnes impliquées.

Plus il y a de monde, plus il faut composer avec les personnalités et les idées de chacun.

La partie la plus délicate consiste à être suffisamment souple pour que tout le monde puisse s’exprimer, tout en maintenant un cadre assez solide pour respecter la direction artistique choisie et assumée.

« Il faut être suffisamment souple pour que chacun puisse s’exprimer, tout en imposant assez de cadre pour respecter la direction artistique. »

Cette difficulté n’est pas seulement musicale. Elle concerne également les relations humaines, l’organisation, la compréhension des attentes et la capacité à faire converger des sensibilités différentes.

Préserver le projet sans étouffer les collaborateurs

Diriger artistiquement un projet collectif ne signifie pas imposer chaque décision.

Pour Vincenzu Lota, il faut laisser un espace aux musiciens et aux autres créateurs. Sans cette liberté, leurs interventions perdraient une partie de leur intérêt.

Mais cette expression individuelle doit rester au service d’une direction commune.

Le rôle de l’architecte musical consiste donc à accueillir les propositions, à les évaluer et à vérifier qu’elles renforcent le projet au lieu de l’éloigner de son intention initiale.

Un projet présent en permanence dans son quotidien

Plus d’un an de travail commun

Vincenzu Lota et Robert Chantereau travaillent ensemble sur ce projet depuis plus d’un an.

Cette durée a progressivement fait entrer l’album dans la vie quotidienne de son architecte musical. Il ne s’agit plus d’une tâche isolée à laquelle il pense seulement pendant des séances de travail programmées.

Le projet accompagne ses journées et reste présent en arrière-plan.

« Ce projet fait partie de ma vie et de mon quotidien. Il est là tout le temps, en filigrane dans mes journées. »

Cette présence permanente peut aussi faciliter la création. Lorsqu’une idée apparaît, elle peut être immédiatement reliée à l’album, testée ou conservée pour une étape future.

Une disponibilité mentale permanente

La multiplication des rôles demande néanmoins une importante disponibilité mentale.

Il faut penser à la musique, aux arrangements, aux personnes, à la logistique et aux prochaines étapes. Il faut également anticiper les éléments qui auraient pu être oubliés.

Pour Vincenzu Lota, la difficulté consiste parfois moins à exécuter ce qui était prévu qu’à identifier ce qui n’avait pas encore été envisagé.

« Il faut penser à tout, et surtout à ce que l’on pourrait oublier de penser. »

Un imprévu, un changement ou une nouvelle orientation peuvent remettre en question certaines décisions. L’équipe doit alors être capable de rebondir sans perdre la cohérence de l’ensemble.

Vincenzu Lota, architecte d’une maison qui reste celle de Robert Chantereau

Robert demeure l’initiateur et l’interprète

Même si Vincenzu occupe une place centrale dans la réalisation du projet, il rappelle que Robert en demeure l’initiateur et l’interprète.

C’est donc Robert qui conserve le dernier mot.

Comment concilier ta direction artistique avec la vision de Robert ?

Robert reste avant tout l’interprète, mais il est également à l’origine du projet.

Même s’il m’a confié les clés et un rôle d’architecte de la maison, il faut que cette maison lui plaise.

Je dois toujours garder cela à l’esprit.

« Je suis l’outil de réalisation de ce que Robert me confie. »

Cette phrase ne réduit pas son rôle. Elle précise plutôt la responsabilité qu’il s’attribue : transformer une intention en une réalisation concrète, sans faire disparaître celui qui devra finalement la porter.

Ne pas laisser le projet changer de propriétaire

Au fil d’une création collective, chaque intervenant apporte nécessairement une partie de lui-même. Les idées évoluent et le résultat peut s’éloigner du point de départ.

Vincenzu Lota doit donc s’assurer que cette évolution reste acceptable pour Robert.

L’enjeu n’est pas de reproduire exactement la première idée sans jamais la modifier. Il s’agit de faire grandir le projet tout en préservant son identité.

La maison peut être enrichie, réorganisée ou aménagée par plusieurs personnes. Mais elle doit continuer à correspondre à celui qui en a imaginé l’existence.

Dévoiler l’album au public : une naissance plutôt qu’une fin

L’aboutissement d’une longue gestation artistique

Quelle sensation ressens-tu en sachant que le projet approche du moment où il sera dévoilé au public ?

C’est excitant.

Mais nous savons aussi que ce n’est que le début de quelque chose. Ce n’est pas une finalité.

Je compare cela à l’aboutissement d’une longue gestation artistique. On a travaillé, construit et fait évoluer le projet pendant de nombreux mois. Pourtant, au moment où il arrive enfin au public, tout commence réellement.

« C’est l’aboutissement de toute cette gestation artistique. Mais, en même temps, tout ne fait que commencer. »

La sortie ne clôt donc pas le travail. Elle ouvre une nouvelle étape, dans laquelle l’album doit apprendre à exister hors de son équipe de création.

Observer comment le projet évolue auprès du public

Jusqu’à sa sortie, l’album appartient principalement à ceux qui l’ont conçu.

Dès qu’il est publié, il entre dans un nouvel environnement. Les auditeurs vont l’écouter, se l’approprier, le comprendre à leur manière et parfois y entendre des choses auxquelles les créateurs n’avaient pas pensé.

Pour Vincenzu Lota, cette rencontre représente un nouvel apprentissage.

Il faudra observer comment le projet évolue auprès des personnes auxquelles il est destiné et découvrir la manière dont elles réagiront à son univers.

De la première suite d’accords à la rencontre avec le public

Le témoignage de Vincenzu Lota révèle tout ce qui peut se cacher derrière la création d’un album collectif.

Le processus ne consiste pas simplement à écrire une musique, puis à lui ajouter des paroles. Les compositions, les textes, les mélodies vocales et les arrangements évoluent ensemble, s’influencent et obligent parfois l’équipe à revenir sur ses premières décisions.

Le rôle de Vincenzu Lota se situe précisément au croisement de ces différentes dimensions. Il propose les premières couleurs, imagine des directions d’arrangement, construit des lignes de chant et accompagne l’intervention des musiciens.

Mais son travail consiste surtout à préserver un équilibre : donner à chacun la possibilité de s’exprimer sans perdre la vision générale, faire évoluer la maison sans oublier celui qui en a confié les clés.

Lorsque l’album sera dévoilé, cette architecture quittera progressivement son cercle de création. Elle deviendra celle des auditeurs, qui pourront à leur tour la parcourir, l’interpréter et porter sur elle leur propre regard.

« Ce n’est pas une finalité. C’est seulement le début de quelque chose qui commence. »